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Amir Abdou : "Une très belle aventure"

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Depuis 2014, le franco-Comorien Amir Abdou dirige la sélection des Comores. Il nous fait part de son expérience et de ses ambitions.

Quelles ont été les étapes de votre carrière de joueur ?
Je viens du milieu amateur. J’ai joué en 5ème et 6ème divisions françaises après avoir effectué ma formation au FC Burel, un club de la banlieue de Marseille. J’ai également évolué dans de nombreux clubs situés dans la région bordelaise : Saint-Médard-en-Jalles, Mérignac, Andernos, et dans le Lot-et-Garonne à Agen et Villeneuve-sur-Lot. Une blessure grave (rupture des ligaments croisés) a freiné ma progression mais j’ai malgré tout continué à jouer tout en apprenant le métier d'entraineur.

Comment s’est déroulé votre apprentissage de la fonction de technicien ?
Il était important pour moi d’apprendre la base du football de masse et de continuer ensuite sur la préformation et formation, cela m’a permis d’avoir une vue d’ensemble de toutes les catégories. Détenteur du DEF et du DESJEPS, j’ai été notamment salarié au sein du District du Lot-et-Garonne puis je me suis orienté vers les seniors afin de me confronter à un public d'adultes. J’ai ainsi entrainé la réserve d’Agen jusqu’au niveau DSR et même pendant un an l’équipe seniors en CFA2. Je suis allé ensuite entrainer Golfech Saint-Paul en DHR car je souhaitais être le « patron » d’une équipe. En 2014, j’ai pris les fonctions de sélectionneur de l’équipe nationale des Comores.
 
Comment avez-vous été contacté ?
J’ai été contacté par le responsable Europe, Ben Amir Saadi. Nous étions plusieurs à présenter notre candidature pour le poste et le processus de sélection a duré 4 mois. J’ai pris mes fonctions le 1er février  2014.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à vous expatrier ?
Un poste de sélectionneur, ça ne se refuse pas ! J’ai donc saisi cette opportunité d’autant que j’ai la chance d’avoir la double nationalité. Je suis d’origine africaine et il est plus simple d’être reconnu en Afrique dans mon cas. De plus, il est très difficile en France de trouver un poste de haut niveau en venant du milieu amateur. Je pense objectivement qu’il sera très compliqué d’entrainer à un certain niveau en Europe, le circuit est fermé. La seule solution serait d’accéder à l’élite avec le club que j’entrainerais. C’est ce constat qui m’a contraint à m’expatrier. A ce jour, ma résidence principale est néanmoins toujours en France.
 
Pourquoi cette destination ?
C’est le choix du cœur ! Et même si les conditions ne sont pas idéales, c’est une très belle aventure et l’opportunité de connaitre le haut niveau international.

Comment évaluez-vous le niveau de la sélection et des joueurs ?
Grâce aux résultats, l’équipe des Comores commence à être identifiée en Afrique en passant de la 198ème à la 139ème place au classement FIFA. Nous avons 14 joueurs professionnels et les autres sont de niveau National et CFA. Ils sont passés par les centres de formation situés en Europe. Le football africain demande beaucoup d’engagement athlétique, il a donc fallu s’adapter car nous n’avons pas de "gros gabarits". Si on compare avec le football français, le football comorien a un niveau DHR et DH avec, malheureusement, beaucoup de lacunes sur le plan tactique.
 
Qu'en est-il des structures et du niveau des entraîneurs ?

Les Comores constituent un archipel d’îles : Anjouan, Moheli et la Grande Comores, Mayotte étant un département français. Il y a un terrain synthétique dans chaque ile, alors que l’ile de la grande Comores en possède deux. Les autres terrains sont en terre battue. Pour les entraineurs, leur niveau est en progression, les formateurs FIFA et CAF apportent leur soutien pour les formations.
 
Qu'est ce qui vous surprend le plus ?
L’engouement du pays absolument fantastique et incroyable. Le pays est malheureusement assez pauvre mais tellement chaleureux et passionné. Les gens aiment le football. On est toujours bien accueilli avec la sélection et le peuple nous encourage et nous supporte activement.

Comment travaillez-vous ? Avez-vous les mêmes conditions et contraintes de travail ?
Le métier de sélectionneur est complètement différent de celui d’un entraineur de club.
Le sélectionneur doit construite un groupe performant pour atteindre les objectifs qui lui ont été fixés par sa Fédération et se qualifier. Il faut savoir que vous récupérez les joueurs quatre jours avant le match seulement ! Le temps est un facteur décisif. Il s’agit de créer un véritable esprit d’équipe en très peu de temps.

Quelle est votre nouvelle vie ?
Je travaille depuis mon domicile et me déplace lors des différents séminaires et pour suivre les joueurs qui évoluent en Europe.
 
Une anecdote surprenante ?

Au mois d’octobre 2015, on est parti jouer un match retour au Lesotho pour le 1er tour de qualification de la Coupe du Monde. Mais les transports aériens en Afrique ne sont pas du tout fiables ! Notre itinéraire consistait à passer par la Tanzanie pour arriver en Afrique du sud puis au Lesotho. Mais suite à une erreur, nous avons passé 36 heures entre les aéroports, l’hôtel, le bus et les douanes ! Heureusement qu’on est allé chercher la qualification pour jouer contre le Ghana au 2ème tour !

Suivez-vous toujours le football français ?
Je réside en France et les joueurs évoluent pour la plupart au sein du championnat français et je suis un passionné du ballon rond, je regarde donc les matchs et scrute les aspects techniques et tactiques.

Un mot sur l'Unecatef et DMVE ?
L’Unecatef est une grande et belle association dont je suis membre. Elle a vraiment la capacité d'apporter une valeur ajoutée et un soutien aux entraîneurs, et j’ai d’ailleurs bénéficié notamment de celui de Didier Christophe. Concernant DMVE, c’est un support fantastique, je pense que tous les techniciens qui ont suivi le programme n’ont pas été déçus du contenu. Cela peut être bénéfique pour toutes les personnes à la recherche d’un nouveau projet

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