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Christophe Gamel, sélection nationale des Fidji

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« J’aime les contre-pieds ! »

Ancien entraîneur adjoint de la section féminine du Paris SG, Christophe Gamel a fait un grand écart en partant au bout du monde pour diriger la sélection nationale des Fidji. Une expérience originale vécue dans la difficulté avec passion et enthousiasme. Carte postale d’Océanie.

Quelles ont été les étapes de votre carrière de joueur puis d'entraîneur ?

J’ai évolué en élite amateur et au niveau national jusqu’en D4 (CS Meaux) et terminé en Italie en Série D et Excellenza avec AS Cassino Sant’Apollinare. Toutes ces expériences ont enrichi mon vécu de joueur. Partir jouer à l’étranger et s’imposer là-bas est un processus mental très fort, car à niveau équivalent vous n’êtes pas choisi et faites banquette donc il faut chercher à progresser en permanence, je comprends pourquoi les joueurs français passent un cap à l’étranger pour l’avoir vécu à mon humble niveau.

 

Comment êtes-vous devenu éducateur ?
En parallèle, j’ai toujours aimé entrainer et j’ai commencé par les débutants, poussins, benjamins etc, ensuite les choses sont devenues plus sérieuses, j’ai pu connaître un peu tous les rôles en étant adjoint, préparateur physique, parfois les deux, puis entraineur principal. De belles opportunités se sont offertes à moi à force de travail, de droiture et beaucoup de sacrifices car, ne l’oublions pas, la passion dévore les coachs au détriment des personnes qui vivent avec au quotidien, ce processus est vicieux et peu avoir de lourdes conséquences sur la famille notamment…Tout réside dans cet équilibre entre manager et entrainer une équipe de haut-niveau, et trouver l’équilibre nécessaire pour conserver une vie sociale. J’ai par la suite entrainé dans le monde footballistique féminin (COM Bagneux puis le PSG avec de très bons résultats et une professionnalisation réussie, une finale de Champion’s League et la Coupe de France), mais surtout au niveau masculin où j’ai très vite compris que sans « nom » ni un passé de footballeur professionnel, j’aurais peu de chances d’arriver là ou je suis. Niveau masculin, j’ai été dans les clubs suivants (DVTK L1 Hongroise, Equipe nationale Qatar U17, Al Rayyan (Qatar L1 réserve pro) puis l’Equipe nationale des Fidji (poste actuel).

Comment avez-vous été contacté ?

J’ai parlé avec une connaissance, Didier Chambaron qui a donné mon CV à l’OFC (Confédération d’Océanie), j’ai ensuite été contacté, sélectionné parmi des coachs et après un processus d’entretiens, j’ai été choisi pour le poste.
 
Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à vous expatrier ?
Pour sortir d’une zone de confort, développer le football en région Océanie, relever un challenge presque impossible (se qualifier pour la Coupe du Monde 2018 en Russie, découvrir une autre partie du monde et un autre type de football, continuer d’entrainer à un bon niveau et augmenter mon expérience dans le management inter-culturel footballistique.
 
Pourquoi cette destination ?
Parce que personne ne veut relever ce genre de challenge où il y a beaucoup plus à perdre qu’à y gagner, mais je ne vois pas les choses sous cet angle et j’aime les contre-pieds.

Comment évaluez-vous le niveau des clubs et des joueurs ?
Le niveau oscille entre CFA2, CFA, National pour certains joueurs qui sont semi-professionnels et amateurs tout en jonglant avec un travail en même temps. J’essaye de faire évoluer les statuts des joueurs, et ce n’est pas simple.

Qu'en est-il des structures et du niveau des entraîneurs ?
Les structures des clubs sont très moyennes et parfois inexistantes. Il y a cependant deux académies nationales à Suva et Ba qui sont très correctes et gèrent les championnats de jeunes, féminins et seniors en prêtant les terrains à peu près potables. Trois terrains sur les îles sont très bien mais accessibles le week-end uniquement suivant la méteo, idem pour l’équipe nationale ! J’essaye de faire évoluer ce processus pour m’entrainer une ou deux fois avant une rencontre internationale.

Qu'est ce qui vous surprend le plus ?
La mentalité insulaire et la simplicité des gens, la bonne humeur et revoir un beau ciel bleu. Au niveau football, certains joueurs sont très puissants mais techniquement très justes encore…

Comment travaillez-vous ?
Je suis venu avec un peu de matériel, les terrains sont ce qu’ils sont, pas le choix donc c’est embêtant lorsque l’on a une vision à l’Européenne du football où l’on aime poser la balle à terre et jouer la possession. Par rapport au PSG où j’étais auparavant, rien de comparable en termes de matériels, moyens humains, d’organisation etc… C’est toute la beauté et la difficulté du métier, essayer de trouver la ou les solutions au contexte dans lequel l’entraineur se trouve. Parfois on trouve, parfois cela prend plus de temps. Les contraintes sont d’ordres culturel (faible sentiment patriotique pour l’équipe nationale mais très forte appartenance régionale pour les clubs). Ce qui entraine des problèmes de sélection. Parfois, des joueurs ne souhaitent pas représenter le pays et préfèrent leur club. Un autre problème culturel est la consommation de cannabis et de marijuana qui est très répandue et bien sûr incompatible avec le sport de haut-niveau, plus particulièrement au football avec des règles anti-dopage très strictes. Je travaille dessus car il faut être strict tout en donnant la possibilité à chacun de comprendre pourquoi cela est incompatible avec le football et le sport en général. Le rugby est aussi un frein ici car tout Fidjien rêve de devenir rugbyman professionnel, c’est dans l’ADN des habitants ! Donc il faut faire avec ces facteurs tout en gardant sa propre ligne de conduite.

Quelle est votre nouvelle vie et comment vous êtes-vous acclimaté ?
Honnêtement, j’ai vu très peu la beauté des Fidji et cet aspect paradisiaque dont tout le monde parle car je suis à fond plongé dans le travail. J’en profiterais plus tard lorsque les objectifs principaux seront passés.

Une ou quelques anecdotes surprenantes ?
La manière de saluer sans trop regarder dans les yeux tout en se tenant le bras avec la main opposée. C’est un signe de respect, je n’ai pas compris de suite et ça a engendré quelques moments comiques.

Un mot sur l'Unecatef et DMVE ?

L’Unecatef a mis en place un programme DMVE vraiment nécessaire, car la carrière d’un entraineur est ponctuée de périodes creuses et ce programme permet non seulement de combler mais d’apporter une vraie valeur ajoutée aux coachs qui y participent. En effet, un coach qui participe au programme ressortira forcément avec un bagage supplémentaire et une expérience partagée incroyable. Je salue tous mes amis et collègues de DMVE 13 et pense vraiment à eux. On garde un lien très fort, on redevient quelque part des joueurs avec un seul but : gagner un job et revenir sur les terrains, mais avec une richesse en plus, un réseau et une relation profonde avec des gens inconnus 5 mois auparavant. C’est un programme valorisant qui permet à tous d’évoluer de façon positive, avec des encadrants compétents et des dirigeants au top. Merci à eux et à mon groupe DMVE 13 avec lequel je parle aussi. Qui a vécu cela au cours des 12 DMVE précédents sait de quoi je parle, c’est une vraie richesse croyez moi de faire ce programme. Une bise à tout le monde, vous me manquez !
 
 
 

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