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Gigi au Mali par Daniel JEANDUPEUX

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A mon arrivée à Bordeaux, il m’a ouvert sa maison, celle de ses parents. Celle de ses beaux-parents pour des dimanches d’agapes. Cela facilite l’acclimatation. Cela tisse des liens.
Il m’attend sur le perron du réfectoire du Centre technique de la Fédération Malienne de Football à Kabala dans la banlieue de Bamako. Je viens récupérer le billet pour le match qualificatif Mali – Liberia. Je prends deux photos, témoins de la pousse de la végétation depuis ma dernière visite en ces lieux en 2002 lors de la CAN. J’hésite, puis renonce à immortaliser numériquement Alain Giresse dans sa tenue de sélectionneur des Aigles. Son visage porte les marques du match dans le stade national du 26 mars qui se déroulera dans 7 heures. Poches importantes sous les yeux. Rides marquées sur le front. Avec une certaine tension qui rôde dans l’air.
Il m’invite à partager le repas du staff technique. Salut Raymond, avec qui nous avons joué à Bordeaux. Bonjour l’équipe, dont font partie deux ex joueurs côtoyés au Mans et un à Caen, qui s’approvisionne de crudités, de pâtes et de viande, cuite sur des braseros. Rustique.
La discussion est vive, passionnée. Nous parlons de football quand surgit Moussa, le secrétaire. Qui, grâce à une argumentation habile, veut parader sur le banc de touche. Alain s’emporte, défend avec véhémence la place de ses proches près de lui. Il est tranchant, agressif. Limite désobligeant. Le ton monte. Moussa s’incline et s’en va en fulminant. Jour de match, jour de nervosité.
En aparté, j’apprends que c’est Moussa qui a réservé un bus de 12 pour 24 joueurs. Et qui a oublié l’organisation du premier repas collectif. Malgré toutes les garanties données. Comme le salaire est payé avec un retard trimestriel (je l’ai su de façon indirecte) et les billets d’avion du staff remboursés après de nombreuses palabres, c’est vrai qu’il est difficile de rester calme. D’autant plus que, comme dans de nombreux pays d’Afrique, le Ministère des Sports paie. Et la Fédération veut diriger. Joli embrouillamini.
Le match démarre bien. Percussion entrante de Traoré. 1-2 avec Maïga. 1 à 0 après 2 minutes. Quelques occasions. La domination s’estompe. S’essouffle. La fluidité disparaît. Pourquoi ? L’évidence saute aux yeux. Et provoque un malaise.
Le plus prestigieux, le capitaine, Djilla Diarra (Real Madrid), celui qui gagne annuellement plus que tout le reste de l’équipe (j’exagère) freine la dynamique collective. Il n’est plus que le sosie lointain du milieu défensif resplendissant de santé et de football qui m’avait enthousiasmé voici 8 ans. Aujourd’hui il est remarquable et remarqué dans son rôle de chef. Comme un policier à un carrefour, il dirige la circulation du ballon. Autant avec les bras qu’avec les pieds. Son manque de compétition a érodé sa vitalité comme un acide. Son âge aussi. Et cela ne risque pas de s’arranger. C’est mon avis.
Peu avant la mi-temps, le Liberia égalise. Au moment du thé, les affaires ne se présentent pas si mal. Mais l’inquiétude règne. Alain change un Traoré contre un autre Traoré (ils sont 4 dans le groupe). Celui-ci rate une grosse occasion de la tête. Puis d’un raid rageur et d’un centre fort, il provoque le but contre son camp qui scelle le résultat final. 3 points récoltés, certes. Mais surtout une question lancinante s’impose :
« Que faire de Djilla ? » Attendre ou agir ? Renverser l’icône, le symbole, en espérant que la porte s’entrouvre à un retour de Seydou Keita (Barcelone) et Cissoko (Juventus) et éventuellement à Kanouté (Séville) ? Ou attendre que le sort s’en mêle (sous forme d’une blessure) ? Inch Allah !
De cette décision dépend l’avenir de Gigi au Mali. Il devra la prendre au bon moment. Et gagner après.
 
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