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Jamel Sandjak

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Société, football et formation : LA CROISEE DES CHEMINS

En un siècle et demi, le football s’est solidement ancré, dans notre réalité nationale, jusqu’a en devenir un élément structurant incontournable et assumer le statut de premier sport populaire. Sa pratique amateur rassemble plus de 2 millions de licenciés, trois fois plus dans sa pratique « sans contraintes » ou occasionnelle et impacte autant de familles que de pratiquants. Les grands rendez-vous télévisuels nationaux ou internationaux, dans sa forme professionnelle, rassemblent régulièrement plusieurs millions de spectateurs parfois même dépassant les 20 millions (Portugal France 2006 – demie finale de la coupe du monde).
 
 En un siècle et demi, le football s’est solidement ancré, dans notre réalité nationale, jusqu’a en devenir un élément structurant incontournable et assumer le statut de premier sport populaire. Sa pratique amateur rassemble plus de 2 millions de licenciés, trois fois plus dans sa pratique « sans contraintes » ou occasionnelle et impacte autant de familles que de pratiquants. Les grands rendez-vous télévisuels nationaux ou internationaux, dans sa forme professionnelle, rassemblent régulièrement plusieurs millions de spectateurs parfois même dépassant les 20 millions (Portugal France 2006 – demie finale de la coupe du monde).
 
Aujourd’hui, la société française, en pleine mutation, est traversée par de nombreux soubresauts dont certains d’une grande brutalité. Les fractures sont nombreuses et de différentes natures, sociales, économiques, politiques, géographiques, pour ne citer que les plus évidentes. Et toutes participent à la remise en cause de notre cohésion sociale.
Notre sport canalise ces ruptures, parfois les exprime, jamais ne les ignore et toujours les gère. Le football n’est pas un fait sportif et social « hors sol », il est à l’image de la société française, son miroir fidèle et parfois déformant.

Dans un tel contexte, compte tenu du contrat convenu qui lui est confié par la société et son incontestable rôle de structuration et de régulation, il doit en permanence s’adapter à l’évolution de plus en plus chaotique de son environnement. Les défis qu’il doit relever sont nombreux : paupérisation des familles et des clubs associatifs, déficits éducatifs croissants facteurs d’incivilité, décrochage scolaire …
 
En France et en Europe, le statut du football a profondément changé en quelques décennies. D’une pratique associative, sociale et sportive locale, illustrative des modes du vivre ensemble dans un monde en développement, il est devenu l’objet d’enjeux politiques territoriaux et économiques considérables et s’est vu confier simultanément une fonction sociale et éducative croissante à l’échelon local, dans un monde en crise.


De tout temps, le sport individuel et collectif à rempli cette fonction de cohésion des groupes humains, forgeant et illustrant une part de leur identité, la confrontant aux autres groupes voisins, dans un combat symbolique organisé dans des joutes ou des compétitions régulées.
Implicitement et explicitement, les sociétés confient aux sports cette fonction sociale régulatrice qui permet de gérer les identités et les antagonismes dans un espace contrôlé, normé et sécurisé. La création des jeux olympiques, des compétions internationales, nationales, locales sont autant de témoignages de cette mission essentielle qui leur échoit.
 
En France, le principe de délégation de service public confié aux fédérations sportives atteste de ce principe. Mais le cahier des charges (sous-entendu) de cette délégation a profondément changé. Hier, le sport organisé était un accessoire contributif et illustratif d’une cohésion solide encadrée par le contrat social national ou local et porté par des institutions solides. Ce n’était qu’un accessoire, utile et indispensable certes, mais un accessoire d’un tout cohérent. Aujourd’hui, dans un modèle fragilisé par la crise et la dégradation des valeurs communes, il est en passe de devenir, si ce n’est un « principal », en tout état de cause, un outil essentiel censé, selon les lectures, gérer les dérives d’un modèle ou la violence se développe, éduquer et former aux valeurs que l’école peine à dispenser, créer de la cohésion et de l’engagement collectif là ou l’individualisme s’impose, symboliser les valeurs nationales ou territoriales, ...
La société civile attend des sports collectifs en général et du football en particulier une exemplarité dans un monde qui l’est de moins en moins. Elle attend en particulier du football amateur, sans lui en donner les moyens, qu’il assume un rôle éducatif essentiel, particulièrement dans les espaces urbains sous tension ou l’école ne peut plus remplir sa mission.
 
Une clarification s’impose.
 
Notre sport doit aujourd’hui assumer le rôle qui lui est assigné même si cela repose sur de nombreux non-dits. Il doit prendre l’initiative, faire reconnaître clairement la mission que la collectivité lui confie et obtenir des moyens et mobiliser les siens. Il doit ainsi, en interne s’assurer que les ressources considérables drainées par le football soient nettement plus engagées au soutien du développement du football amateur.
 
Il doit aussi prendre l’initiative en réformant résolument son modèle d’organisation et les outils de ses pédagogies. L’action peut et doit s’appuyer sur deux leviers évidents.
Pour l’organisation et les moyens, les clubs (tous les clubs et à tous les niveaux) doivent pouvoir disposer des ressources diversifiées supplémentaires pour regagner en crédibilité, garantir leur autonomie et indépendance, consolider leurs relations partenariale avec les acteurs socio-économiques de proximité, et assurer une formation appropriée à leurs cadres (sous le couvert de la FFF et de ses instances décentralisées).
Pour les modèles pédagogiques, toutes les formations fédérales doivent être remises en forme, non pas quant à leurs contenus techniques bien sur, mais quant à leur capacité à intégrer dans leurs programmes des modules sociétaux puissants et appropriés, en phases avec les comportements souvent erratiques des adolescents d’aujourd’hui.  Dans les régions à forte densité urbaine, cette complexité est encore accrue par la fragilité du tissu social frappé de plein fouet par la crise. Nombreux sont les clubs amateurs, trop souvent négligés localement, en quasi faillite financière qui sont livrés à eux-mêmes et partent à la dérive. 
Certains baissent les bras. D’autres écartent à la première incartade les « perturbateurs », incapables de les gérer faute du minimum de compétences indispensables. Beaucoup enfin, cessent même d’engager des équipes dans les catégories d’âge dont la gestion des comportements leur échappe.
 
Nous n’avons pas le droit de rester passif alors que le péril est là.
 
Reconsidérer l’ensemble du dispositif afin de le doter de compétences et de moyens d’action renouvelés est devenu un impératif, spécialement dans les domaines éducatifs et socio-sportifs qui sont en plein bouleversement.
 
  
Pour commencer avec méthode, il faut remettre en ordre l’ensemble du dispositif de formation en nous appuyant sur des constats d’évidence et sur le bon sens.
Le sport a toujours été en phase avec les dominantes sociétales d’une époque donnée et les valeurs qu’elles traduisent. Hormis les apprentissages techniques propres à chaque discipline, il a su s’appuyer en termes psychologiques, sur des moteurs symboliques d’identification identitaire du « héros sportif » et de l’exemplarité dont il est porteur : rubans, ceintures de couleur, tenues spécifiques, chants, festivités.... Tout cela avait un sens. Les couleurs du club, le maillot du village, à une autre échelle celui de l’équipe de France, ce n’était pas rien. Le sport contemporain néglige de plus en plus cette dimension pourtant essentielle. Il ne faut pas s’étonner ensuite que ses supporters s’en détournent (voir  par exemple l’affaire des Bleus en Afrique du Sud). Le symbole a été remplacé par une logique individuelle beaucoup plus terre à terre de gestion de carrière et de maximalisation des profits. Un bon joueur se loue à l’année sans complexe et aux quatre coins du monde. Un club s’achète et se vend. Le maillot n’a plus guère d’importance. « Clochemerle » et ses rivalités de villages, sont loin derrière nous. A présent on ne s’engage plus pour son clocher, sauf quand on a dix ans peut-être…
Une fois ce constat établi, il reste  à en tirer les enseignements qui s’imposent.
La question n’est pas de porter quelque jugement sur cette évolution, elle existe. Il nous reste à l’assumer sous des formes appropriées et de la prendre en compte en l’intégrant dans le contenu des formations fédérales.
 
Reconsidérons dans leur globalité les formations des acteurs concernés : éducateurs, joueurs, arbitres,   bénévoles, supporters… Dans cette approche globale, restent à imaginer des contenus appropriés et innovants, intégrant la gestion des problèmes récurrents rencontrés au niveau des comportements, de la relation, et des valeurs dont le sportif est porteur de fait. La performance ne saurait se suffire à elle-même. Elle n’est que du gâchis si par ailleurs elle ne contient pas sa part d’humanité en termes d’engagement, de volonté, de respect, de solidarité et de partage. Cela s’apprend également... 
Depuis quelques temps on s’interroge sur la pertinence des Centres de Formation. Certains évènements récents ont apporté de l’eau au moulin de leurs détracteurs en pointant des déficits socio-éducatifs. En fait, le problème n’existerait-il pas déjà en amont ? Former un bon footballeur, un footballeur de l‘élite, c’est avant tout former un homme en devenir, avec tout ce que cette responsabilité implique. Si la transmission des pré-requis ssentiels a été maitrisée convenablement au sein de son clubs initial, l’intéressé exploitera ensuite au mieux son savoir-faire footballistique le  jour il aboutira (peut-être),  dans un Centre de Formation.  Sinon, il ira inéluctablement à l’échec, quelques soient ses qualités de footballeur, sauf si le Centre de Formation intègre aussi à ses formations les champs socio-éducatifs. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.
 
 
Pour procéder à cette réforme indispensable, on peut envisager plusieurs axes d’approche :
 - Créons un éventail de formations « spécifiques aux  clubs de niveau district et ligue », permettant à ceux-ci d’acquérir une meilleure maitrise des conditions d’accueil et d’encadrement de leurs licenciés.
- Concevons un contenu rénové des programmes des Centres de Formation impliquant l’intervention en leur sein et dans la durée de spécialistes du champ socio sportif. 
- Remettons en question de façon réaliste les formations fédérales dans leur forme présente, afin d’y intégrer d’autres angles d’approche. 
- Assurons une assistance efficace auprès des clubs pour les aider à élaborer des projets sportifs adaptés à leur situation de terrain et s’organiser.
- Consolidons toutes les initiatives relatives aux comportements allant dans le sens de la prévention et de la sécurité,

La liste n’est évidemment pas limitative. Il n’y a pas de miracle immédiat à attendre mais il faut inscrire dés à présent cette « révolution » nécessaire dans nos ambitions et en poser les premières pierres. 
Pour illustrer l’enjeu, la région Paris - Ile de France accueille plus de 240 000 licenciés par saison (saison 2013/2014) dont la plupart sont des enfants ou des adolescents, et qui restent présents durant toute l’année scolaire dans nos clubs, c’est un chiffre qui parle. Il justifie une réflexion approfondie afin de nous engager en toutes connaissances de cause dans des innovations à dimension éducative et socio sportive.  Il ne s’agit nullement de nous substituer à quelque autre entité que ce soit, mais tout simplement d’assumer notre propre compétence, tels que nous sommes, là ou nous sommes, à partir de notre référentiel, avec une ambition affichée.
 
Les clubs suffisamment structurés constituent des espaces éducatifs et transitionnels irremplaçables, au potentiel énorme, ils doivent être encore plus nombreux. Ils sont le cadre idéal pour porter cette dynamique éducative du simple fait des valeurs sportives sociales et humaines qu’ils retransmettent à travers la formation de leurs jeunes. Ces valeurs doivent être clairement affichées dans chacun des « projets de Club »
Ces clubs structurés sont aussi des « relais naturels »  des codes sociaux fondateurs, à travers la mixité sociale, les rapports intergénérationnels, la compétition, les contraintes qu’elle implique et l’acceptation consentie d’un intérêt commun.
 
C’est à partir de ce type de considérations qu’il convient de repenser l’ensemble des formations, tout en les adaptant aux situations diverses existantes. 

Pour de tels enjeux, la prise de conscience collective est essentielle et la volonté politique doit être formulée et suivie d’effets. Notre monde change, notre sport peut utilement contribuer à ce que cette évolution continue de s’inscrire dans une société plus juste et plus éclairée.


C’est à nous de le vouloir, la formation en est l’une des clefs, l’avenir de nombreux enfants, qui demain seront des hommes et des femmes, peut en dépendre.
 
Jamel Sandjak
26 novembre 2014

 

 

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