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Jean-Marc Guillou, l’Alchimiste (1)

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L'homme mérite plus d’une carte blanche. Son œuvre aussi. L’un et l’autre auraient dû aimanter toute la considération du monde. Du football. Du monde du football. Ce sont souvent des cartons rouges qu’il a récoltés. La fulgurance de ses réflexions, son esprit libre penseur et la créativité de ses solutions l’excluent régulièrement du système. Son cerveau clarifie les problèmes, débusque les priorités, impose ses lumières. A coup sûr. En tout cas, de mon point de vue. Il ne s’embarrasse point d’aprioris, ni d’idée tout faite. Ni de précaution oratoire ou politique.

Il pense. Il développe l’idée. Il conceptualise. Il agit. Avec force, conviction, détermination. Avec précision, sans se perdre dans les détails. Avec ténacité. Sans jamais paraître douter. Il pourrait se contenter d’être un brillant théoricien. Il est un homme d’action. Un entrepreneur. Qui, passé l’âge de la retraite, rêve encore de changer le football. Et va y parvenir.

La première fois, je l’ai rencontré au travers de la presse. Bordeaux, en difficulté, a cherché réconfort auprès d’un de ses joueurs cadres. Nice, dans la même situation, s’est appuyé sur un de ses footballeurs chevronnés. Petit coup de projecteur pour moi. Grosse séance sous les sunlights pour Jean-Marc.

La deuxième fois, je l’ai retrouvé sur un terrain. A Nice. Il se présente face à moi. J’écarte les jambes pour offrir le petit pont. Il le tente. J’abaisse mon genou (une création de Jean Vincent …) et arrête la sphère. Jean-Marc repart avec le cuir, après m’avoir renversé. J’ai l’impression qu’un buffle m’a écrasé. Le footballeur Guillou, c’était technique, énergie et puissance. Mais pas la vitesse. Ce qui l’a obligé à développer son intelligence de jeu. Qui reste exceptionnelle.

Nos chemins se sont croisés à de nombreuses reprises. En Suisse, il était entraîneur-joueur à Neuchâtel Xamax et formait avec Serge Trinchero la charnière centrale la plus lente de Suisse. Et la plus imperméable. Pour une victoire de la matière grise sur la fibre musculaire.

En France, entraîneur, j’ai travaillé avec une de ses inventions pertinentes, nommée « Top Score ». Qui allait révolutionner le jeu et ses règles. 7 à 8 heures d’analyse vidéo par match, de toutes les actions de jeu de tous les joueurs, valorisées sous formes de points, éclairait la performance individuelle du footballeur. Plus le jeu avançait en sécurité, plus les points positifs s’accumulaient. Plus les fautes techniques se multipliaient, plus les points se soustrayaient. « Top Score » valorisait lourdement les actions décisives, pour rechercher l’efficacité.

J’ai tant trituré l’orgie de chiffres livrés par la société de Jean-Marc, sur un support informatique Macintosh, (passes réussies, passes ratées, duels, temps de possession de balle, etc.) que je me suis aperçu que les gardiens de but des équipes qui menaient au score, pouvaient manipuler le ballon avec les mains plus longtemps que l’ensemble de ses 10 coéquipiers avec leurs pieds. Pour conserver l’avantage. Pour annihiler les risques. Pour tuer le jeu et le spectacle.

J’ai transmis les chiffres et mes solutions à Walter Gagg, à la FIFA. Qui sont remontés à l'International Football Association Board. Qui malgré son traditionalisme a changé une loi du jeu. Désormais, si le gardien de but touche le ballon des mains sur une passe bottée délibérément par un coéquipier, la faute est sanctionnée par un coup franc indirect.

Ma machine à remonter le temps s’affole, occulte de nombreux moments de complicité. Je le retrouve à Bamako. Au cœur de sa nouvelle Académie pour laquelle il a greffé des talents d’architecte, de paysagiste et bientôt de restaurateur sur ses qualités de footballeur, d’entraîneur et de formateur. Ma prochaine « Carte blanche » tentera de vous faire partager tout le plaisir, le bonheur que j’ai eu à observer ses jeunes académiciens aux yeux brillants et aux pieds agiles.


 

 

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