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Jean-Marc Guillou, l’Alchimiste (2)

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La balle vole d’un pied nu à l’autre. Avec une régularité harmonieuse. Comme si courir 100 mètres en 20 secondes en jonglant la sphère à chaque enjambée, sans jamais la laisser choir, était anodin, facile. La vitesse de la course, l’élégance du geste et la cadence uniforme de la foulée fascinent. Je ne connais pas de footballeur professionnel capable de réussir cet exercice au pied levé. Pourtant ce travail ne représente qu’un des 5 tests (avec le jonglage de la tête, des cuisses, de l’extérieur du pied et des épaules) qu’il faut réaliser pour réussir le premier des 3 degrés de l’Académie JMG.
A Bamako où je suis, comme à Alger, Bangkok, Accra, Lierse, Tananarive et au Caire, chaque samedi (jour de présentation), le rituel est immuable. Les jeunes académiciens tentent de progresser d’un degré pour, à terme, jouer le football à 11 en enfilant les chaussures de football tant convoitées. L’exigence est extrême. Et la défaillance immédiatement pénalisée. Le temps imparti est dépassé. A la semaine prochaine. La balle tombe à 10 mètres de l’arrivée du cinquième exercice. A la semaine prochaine.
La sanction est si impitoyable que les adolescents n’ont qu’un seul recours. Se réfugier dans le travail. Si c’est en forgeant que l’on devient forgeron. C’est en jonglant que l’on devient footballeur. De façon statique au début. A cent à l’heure pour finir. Jonglage à 2 pour le deuxième degré. Jonglage à 3 pour le troisième degré.
La pédagogie de Jean-Marc est basée sur la performance (à chaque jour sa compétition, ses concours). Sur l’excellence technique. Sur la conduite du ballon sur un circuit qu’il faut boucler sous la surveillance du chronomètre. La démarche part de l’individu qui répète ses gammes avec assiduité et plaisir, pour se décliner à 2, puis à 3. A 4 contre 4. A 5 contre 5. Sous forme de jeu à mort immédiate (l’équipe qui prend un but sort du terrain). Par exacerbation de la gagne.
Le jour de présentation est aussi un jour de défi. L’Académie affronte et accueille en ses murs, des équipes, des adversaires de tous horizons. De tous âges. De toutes tailles. De tous poids, bien que Jean-Marc souhaite le limiter à 65 kg pour épargner ses poids plumes. Avec ses règles. Sur un demi terrain. A 6 contre 6. A pied nus, pour améliorer le toucher, pour accélérer le jeu, pour minimiser l’impact des chocs.
A côté de Jean-Marc, au coup d’œil acéré et au commentaire intransigeant quand il stigmatise les erreurs, j’ai assisté au match hebdomadaire. Avec les plus jeunes académiciens (de 12 à 15 ans). Contre un adversaire ambitieux qui fêtait bruyamment les réussites. Qui essayait d’user de son poids (85 kg pour le plus lourd, soit 30 à 40 kg de plus que les joueurs de Jean-Marc et parfois 10 ans plus âgés). Et de sa plus grande vitesse de course. Avec un certain succès. Pendant un certain temps.
La partie dure 1 heure, découpée en 3 tiers. Après 20’ le score reflétait la parité (6 à 6). Après 40’ aussi (13 à 13). Jean-Marc s’emportait à chaque erreur technique, à chaque mauvais choix. Après 60’ (21-16) le doute n’était plus permis. L’effondrement de grands permettait le festival des petits. A moins que ce ne fut l’inverse. Le festival des petits a provoqué l’effondrement des grands.
Comme Barcelone contre Real Madrid. Avec les mêmes principes. Une recherche de la supériorité numérique (en jouant sans gardien). Avec un souci de conservation du ballon. Avec une grande fluidité dans le jeu. Avec une énorme qualité technique. Avec une belle faculté à faire le bon choix au bon moment. Avec un grand souci d’efficacité. Avec panache et brio. Du grand football pour un grand moment de bonheur.
 
PS. Avec sa méthode, Guillou a formé, Kalou (Chelsea), Kolo et Yaya Touré (Manchester City), Eboue (Arsenal) Romaric et Zokora (Séville), Gervinho (Lille) et bien d’autres encore.
 
Daniel Jeandupeux
 
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