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Philippe Bergerôo "Une passion d'entraîner"

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Mon père, natif de Pau, fut un bon joueur de rugby. J’ai suivi ses traces durant de longues années, tout en pratiquant d’autres sports comme la pelote basque et le judo. Ma découverte du football doit beaucoup au hasard.
Chaque année, ma ville natale de Saint-Jean-de-Luz organisait un tournoi de football qui rassemblait tous les quartiers de la cité. En allant voir un de ces matchs, j’ai remplacé au pied levé le gardien de but de mon quartier qui venait de se blesser. Ce fut, je pense, la chance de ma vie.

En deux ans, je passais respectivement des cadets de l’Arin-Luzien, le club de ma ville, à ceux du Sud-Ouest, avant d’être convoqué en équipe de France juniors. Je signais l’année suivante aux Girondins de Bordeaux, comme stagiaire professionnel. Mon ascension fut fulgurante. Je disputais mon premier match pro à 17 ans, contre l’AS Saint-Etienne, suivi d’une rencontre amicale contre le FC Santos du roi Pelé. Quel souvenir ! Je devenais titulaire de cette équipe des Girondins à 19 ans. Mais toutes les bonnes choses ont une fin…

Au cours d’un match contre Rennes, je me fracturais la jambe. Fracture tibia-péroné. Huit mois de souffrances et de courage pour revenir au plus haut niveau. Cet accident m’a permis de relativiser les choses, et de préparer ma reconversion en passant mes diplômes d’entraîneur. Je partais de Bordeaux, après avoir récupéré de ma blessure. Pour Lille et ensuite Toulouse. J’arrêtais ma carrière en 1988, pour suivre les conseils de Michel Hidalgo qui voyait en moi l’entraîneur des gardiens de l’équipe de France.

Durant ma carrière, j’ai toujours été à l’écoute de mes entraîneurs. André Menaut et Christian Montes à Bordeaux, José Arribas et Arnaud Dos Santos à Lille, Jacques Santini et Daniel Jeandupeux à Toulouse. Je me souviens qu’après les séances de José Arribas, je prenais des notes en rentrant à la maison. Même quand je passais dans les petits clubs, je m’arrêtais pour regarder les entraînements. Il y a toujours une idée à prendre.
A partir de 1990 et pendant dix ans, j’ai travaillé avec différents sélectionneurs. Henri Michel, Michel Platini, Gérard Houllier pour terminer en 1998 avec Aimé Jacquet. Après la victoire en Coupe du Monde, le Paris SG m’a contacté pour m’occuper de l’entraînement des gardiens de but. J’ai accepté. En cours de saison, j’ai pris la succession d’Arthur Jorge, limogé. Mon passage à Paris restera un très bon souvenir avec, durant deux saisons, une deuxième place en championnat puis, surtout, un bon parcours en Ligue des Champions. Je retiens ainsi la qualification pour le 2e tour, en battant notamment le Bayern Munich et Rosenborg. Comme pour tous les entraîneurs, la roue tourne à un moment ou un autre. J’ai été licencié du PSG, ainsi que du Stade Rennais l’année suivante.

C’est après cette période qu’Aimé Jacquet m’a demandé de réintégrer la DTN, comme entraîneur national, avec pour objectif de gagner le championnat d’Europe des Moins de 17 ans, programmé en France en 2004. Objectif atteint. Ce titre fut, je pense, l’une des plus belles récompenses de ma carrière. J’enchainais l’année suivante avec une victoire au tournoi de Toulon, et quelques campagnes européennes avec différentes sélections. Au cours de l’été 2013, je reçus un appel de Noël Le Graët, le président de la FFF, pour me proposer de prendre en charge l’équipe de France féminine. Après avoir mûrement réfléchi, j’acceptai le challenge. Ma mission : se qualifier à la Coupe du Monde 2015, participer aux Jeux Olympiques de Rio et préparer l’avenir en intégrant de jeunes joueuses. Après le quart de finale perdu aux tirs au but contre l’Allemagne, l’équipe s’est replongé dans les éliminatoires de l’Euro 2017, et surtout la préparation aux JO.

Après presque 30 ans en fonction, j’ai conservé cette passion d’entraîner. Elle présente une dimension émotionnelle que l’on ne retrouve, selon moi, dans aucune autre corporation. Elle offre une dualité constante entre des moments de joie et de peine. Elle s’explique aussi par mon envie de transmettre.

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