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Victoires et turbulences

 

Après vingt-sept saisons d’entraineur (adjoint au Red Star, au Paris FC, entraineur des U 19 au Racing, entre autres activités footballistiques…), E.Tregoat nous ouvre, largement déployé, ce qui est en réalité son journal de bord, décrivant, non seulement avec la passion d’un éducateur mais aussi avec la précision technique d’un professionnel, cette période qui s’est déroulée du 1er avril 2004 au 30 septembre 2015. Pendant cette période  marquée par des « victoires », il  a glané avec l’équipe nationale du Tchad le premier titre de l’histoire sportive de ce pays. Cette période fût également, ponctuée régulièrement par d’importantes « turbulences », pour se terminer par une non reconduction de son contrat.

Très sincèrement, je me permets de conseiller la lecture de cet ouvrage qui n’est pas qu’une simple biographie. 

Tout d’abord, à celles et ceux, qui, dans une première approche (peut-être trop transversale), pourraient regretter l’aspect trop descriptif, voire superficiel de ce livre, je répondrai que prendre sa plume pour narrer ses activités professionnelles (acceptant ainsi d’être lu, donc évalué voire critiqué…) est une démarche tout à fait respectable, et la preuve d’un courage certain… 

Je noterai, ensuite, personnellement, que s’astreindre à penser ses expériences est une action pleinement formatrice, peut-être la plus efficiente …En outre, et c’est le cœur de cet ouvrage, cette aventure se dévoile très riche informations, en anecdotes, toutes aussi signifiantes les unes que les autres.  

Sous la plume d’Emmanuel, tout en me gardant bien sûr, de toute généralisation, j’ai relevé un certain nombre de dysfonctionnements, finissant par entraver, enrayer toute action programmée, entreprise, énumération propre à aider certains entraîneurs, susceptibles de s’engager dans une telle aventure… citons principalement : des dirigeants peu compétents – sauf quelques exceptions – et parfois trop « intéressés » , de nombreuses lourdeurs administratives, une dilapidation de certains fonds (FIFA), une incapacité à structurer une politique fédérale et à se conformer à un plan pluriannuel, voire tout simplement annuel ;  une quasi absence d’infra structures ; un exode de jeunes joueurs, - annihilant ainsi toute tentative de formation à long terme - ; des contrats professionnels peu respectés ; une diaspora de joueurs évoluant à l’étranger, toujours délicats à mobiliser et à motiver pour rejoindre l’équipe nationale… 

Peut-être qu’à la lecture de ces obstacles, se trouvent quelques raisons du manque de résultats des équipes africaines, notamment en Coupe du Monde, et ceci… malgré les évidentes et indiscutables qualités du footballeur africain…

C’est d’ailleurs, ce que dénonce l’international ivoirien Yaya Touré, - dans un article de « France Football » de juillet 2018- lorsqu’il ironise autour de cette réflexion, je cite « En Afrique, on préfère passer notre temps à tourner autour de la maison, mais on n’y entre jamais …» 

Ainsi l’avalanche de ces vicissitudes, de ces contradictions, de ces embûches, subies, avec beaucoup de stoïcisme, par Emmanuel Tregoat me font penser à cette citation de Molière : «  mais qu’allait-il faire dans cette galère !... », ce à quoi « notre sélectionneur nous répond, sans amertume, qu’il n’a écouté que sa passion, qu’il a voulu vivre une expérience peut-être unique, qu’il regrette seulement de devoir quitter cette aventure, concluant, noblement, par cette phrase : » les différents témoignages de la population, des supporteurs, de mes joueurs, de mon staff, me lieront pour toujours au TCHAD… »  

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